Vernissage à New York : les dernières oeuvres de Sophie de Garam

Vernissage à New York : les dernières oeuvres de Sophie de Garam

Le monde de Sophie

Les peintures de Sophie de Garam articulent magistralement couleurs, lignes et matières sensibles. Leur apparente simplicité en vision lointaine s’avère plus complexe lorsqu'on s'en approche. Pour ces créations abstraites l’artiste s’est focalisée sur le travail du médium pictural. A son tour le visiteur doit être attentif à celui-ci pour comprendre les enjeux créatifs. Les lignes colorées qui semblent se détacher du fond, sont si parfaitement intégrées qu’elles semblent précéder l'intervention picturale. Pour chacune des œuvres les lignes inclues sont génératrices d'un espace visuel différent avec chaque fois un pseudo effet de profondeur très réussi. La largeur conséquente des figures linéaires génère deux tracés de contour. Les deux limites sinueuses ont un double « dessein » : elles installent les lignes variées comme motifs et déterminent les espaces unitaires des fonds comme milieu. Dans ces peintures récentes tout ce qui advient se situe sur le plan de la toile sans recherche d’une stricte bi-dimensionnalité et sans quête de pureté formaliste. L’abstraction ici cultive l’émergence de « figures » spatiales venues d’on ne sait où. Parfois elles sortent des limites du châssis rappelant que chaque toile n’est qu’un fragment d’un grand tout.

Tout l’art de Sophie de Garam est de renouveler pour chaque création le milieu matriciel en y faisant se conjuguer un réseau d’échanges où l’accident transforme l’intention initiale, où le hasard vient suppléer à la nécessité. Cette peinture a choisi de donner à contempler l’énonciation formelle des constituants de l’œuvre et l’immédiateté neutre des visuels plutôt que la présence expressive du moi de l’artiste dans ses traces.

Les matériaux en eux mêmes n’ont pas d’importance, seul compte comment l’artiste les met en œuvre, comment elle développe un mode opératoire personnel qui incite ensuite le public à se questionner. L’exécution des peintures semble avoir dépassé l'idée de départ. Le regardeur attentif apprécie la surprise des effets, la somme de petits évènements, la présence d’une multitude d’indices secondaires. Le sentiment artistique se constitue dans ces petits détails qu'il est difficile de nommer. Leur formulation verbale importe peu, l'essentiel est qu'un moment donné la matière, la couleur, les lignes et contours viennent faire image. Une bonne image picturale est médiatrice d'un indicible.

Les peintures de Sophie de Garam donnent à voir la latitude d’évolution qu’elle accorde aux matériaux picturaux durant la genèse de chaque création mais témoignent aussi de la confiance que de nombreuses années de créations plastiques lui donnent, dans sa capacité à imposer, lorsqu’elle le souhaite, des ruptures de rythmes. Cette série new yorkaise réunie des toiles associant des continuités bouclées et des créations dans lesquelles la linéarité des discours plastiques se trouve interrompue par des césures. Qu’elles se situent sur les lignes ou apparaissent comme un ensemble inclus dans un autre, ces interruptions plastiques instaurent de savantes et heureuses rythmiques. Loin de rompre l’unité de l’ensemble elles favorisent la possibilité pour le regardeur de chercher lui même des liens par delà la solution de continuité.

Après avoir examiné les conditions de l’apparaitre de différents visuels le regardeur est amené à élargir ses réflexions. Avec un peu d’attention il remarque que cela se joue sur deux plans, sur le plan matériel, les matériaux, le choix des outils, la succession des gestes, etc. mais aussi sur le plan culturel notamment pour les relations avec l’histoire de l’art présente et passée. L’art est une manière de faire des mondes qui donnent à voir et à penser. Les peintures récentes font se conjuguer une liberté d’expérimentation personnelle avec une histoire de l’art aux sources multiples. L’hétérogène constaté est à la fois plastique et culturel. Comme nous l’avons dit, l’une des caractéristiques de l’art de Sophie de Garam est d’utiliser le médium pictural sans chercher à en exalter la pureté. Elle tend, dans la genèse de ses œuvres, à se laisser conduire par des expérimentations où se croisent des sources transculturelles. Ces créations sont à la fois d’ici et d’ailleurs sans que jamais ces pôles ne soient fixés. Ici, à New York, elles semblent « ethniques » et ailleurs, en Océanie mélanésienne (l’artiste réside une partie de l’année à Vanuatu), elles paraissent s’inscrire dans le prolongement de la tradition moderniste occidentale.

Les peintures choisies pour cette exposition font images parce que leur auteur y met en place un langage singulier, le sien, qui permet au sensible et au culturel de se rencontrer. Ces lignes inventives, ces environnements colorés, ces espaces décalés conjuguent la contemporanéité des abstractions post picturales avec les tracés des productions originales des peuples aborigènes d'Océanie mélanésienne : dessins sur le sable ("sandroing"), tapas, peintures corporelles, etc. Dans les créations des peuples aborigènes, par quelques judicieux tracés linéaires, l’art réussit à prendre corps et, bien que de manière différente, c’est aussi ce qui nous retient devant celles de cette artiste française.

Chacune des œuvres de Sophie de Garam, tant pour ses abstractions colorées que pour les dessins figuratifs, qu’elle pratique par ailleurs, émerge d'un « bouillon de culture ». Grande voyageuse, curieuse de tout, créatrice multiple elle n’a pas choisi d’être l’artiste d’une « chapelle » ou d’un lieu en particulier mais celle du Monde en général.

“L’action originelle du doigt qui soulève la poussière pour laisser un signe au sol est au Coeur de mon travail”

    

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