Matisse et le Maroc

Matisse et le Maroc

Deux hivers de suite Henri Matisse passe l'hiver au Maroc, à Tanger. On est en 1912 et 1913, l'artise a alors 43 ans et son appétit de peinture est maximum.

L'hiver éteint les couleurs et Matisse a besoin de lumière pour peindre dans de bonne condition ( même si c'est une pluie battante qui l'accueillera à Tanger les 15 premiers jours ! ). Il dit d'ailleurs que la couleur « se fait par l'extérieur - c'est à dire la révélation de la lumière dans la nature ».

Gustave Moreau, son professeur aux Beaux Arts avait annoncé que Matisse allait " simplifier la peinture " et sa prédiction est validée après ses séjours marocains : une vingtaine de tableaux et une soixantaine de dessins en sont issus, certains très proches même de l'abstraction !

Donc en arrivant à Tanger, les Matisse s'installent à l'hotel de France, chambre 35, une de celles qui dominent la ville ( Matisse va peindre certains tableaux de sa fenêtre ).

« Je me suis mis au travail et je ne suis pas trop mécontent..., la lumière est tellement douce, c'est tout à fait autre chose que la Méditerranée. » Henri Matisse, 1er mars 1912

Pour mémoire, à cette époque Matisse rencontre déjà un vrai succès et des collectionneurs russe fidèles comme Morosoff et Chtchoukine lui permettent d'avoir un rythme de vie agréable. Ils lui passent beaucoup de commandes, Morosoff achètera 11 Matisse et Chouchktine 37... De cette période Marocaine chacun hérite de plusieurs toiles ( 8 au total ).

Les premières toiles du peintre sur place sont des natures mortes, le temps que le déluge passe ! Voyons les choses du bon côté c'est une bonne façon de se remettre au travail. Les fleurs aux couleurs et aux formes exotiques, en sont au centre. Un tableau s'accompagne souvent de  plusieurs dessins et croquis comme la Corbeille d'orange, huile sur toile, qui existe aussi en plusieurs plumes et encre sur papier. Picasso l'a d'ailleurs acheté plus tard, en 1944 !

« On turbine à l'intérieur très tranquillement. Une orange et trois carottes avec une serviette, ça peut faire un chef d'oeuvre ». Henri Matisse en janvier 1913

Une fois le beau temps revenu, Matisse part explorer la ville, il observe, se promène et s'arrête devant une Mosquée, un café, un jardin, etc. pour peindre. Tant que la lumière est régulière et qu'elle équilibre les intensités colorées ! Parce que c'est bien le rapport entre les couleurs qui l'intéresse, bien plus que la vérité des couleurs : le blanc d'un édifice devient d'ailleurs bleu dans l'ombre du Marabout et le vert des Acanthes est bien plus prononcé que dans la réalité !

Il va se pencher ensuite sur les figures, en commençant par peindre de façon un peu obsessionnelle Zorah, son modèle préféré. Il peint notamment un triptyque pour Morosoff : une vue de Tanger de sa fenêtre, un portrait de Zorah sur la terrasse et une composition vue d'une porte de la Casbah, le bleu en est le point commun majeur.

Une série de peintures de personnages « debout » est également remarquable : il y en aura 10, des formats verticaux et assez grands, tous en costumes traditionnels et surtout dans des attitudes propres à chacun. Le peintre s'amuse ainsi des couleurs, des broderies, des accessoires et des motifs comme on le voit dans les toiles d'Amido ou de Fatmah.

« Je dépends absolument de mon modèle que j'observe en liberté, et c'est ensuite que je me décide de lui fixer la pose qui correspond le plus à son naturel. »

De plus en plus, Matisse cherche la rapidité d'exécution, le caractère nécessaire et décisif de chaque geste, une économie de moyen qui fait tendre ses toiles vers l'abstraction comme on le voit bien dans Fenêtre ouverte sur Tanger.

Ces deux voyages au Maroc semblent l'avoir aidé « à reprendre contact avec la nature » et à avancer dans sa simplification des formes.

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